samedi 24 avril 2010

Pourquoi je paye ?

Il n’y a rien à faire, je ne comprends toujours pas. Et même de moins en moins. La bourse, le chômage, le nucléaire iranien, le réchauffement climatique, le racisme, le pouvoir, tout cela est pour moi fatalement lié au système qui les provoque, car à chaque fois que je tente de m’expliquer le mystère d’un phénomène, ma réflexion me conduit inévitablement vers cette seule explication, qui me semble convenir à la logique.

Je ne suis pourtant pas le seul à entrevoir les choses ainsi ! Et pourtant, malgré l’augmentation de la contestation face à cette situation, rien ne semble devoir changer un jour. Bien sûr quelques nouveaux partis vont se créer, quelques grandes manifestations vont se produire, quelques personnalités vont surgir pour la postérité, et peut-être même quelques mesures seront-elles prises, mais en définitive rien qui puisse enrayer la marche des évènements. Tous continueront, seuls ou en groupes, à colporter leur bonne parole à qui veut bien les écouter. Tous s’investiront dans une quête au conformisme ambiant, de mauvaise grâce au début, mais en pliant à force de compromis, voire de compromissions. Car se faire élire c’est accepter les règles. Manifester, c’est suivre les règles. Se mettre en avant, c’est oublier les règles. Modifier les règles, c’est quand même jouer au même jeu.

La majorité des êtres humains, qu’ils soient dans l’élite sociale ou non, et moi comme les autres, sont tellement conditionnés par le système qu’il a fini par atteindre jusqu’à notre conscience collective. Ce système qui nous fait croire que rien ne peut changer, que tout a toujours été comme ça, et doit l’être pour toujours. Cette grande machine (le capitalisme donc) que l’homme a construit au fil des âges semble avoir rompu ses liens, et personne n’a l’air de vouloir l’arrêter… mais ceci est une illusion. Ceux qui tiennent les rênes du système sont des démiurges qui ont usurpé notre place en nous faisant croire que nous n’avions ni la force ni le savoir pour le faire. Il suffirait pourtant de se réveiller pour que cesse cette illusion.

Pour arriver jusqu’à ce constat, il n’est nul besoin d’aller très loin, mais juste de se poser cette question simple : “pour quoi je paye ?”

c’est alors en tentant d’y répondre qu’on reste stupéfait, comme tente de le démontrer cette petite liste, bien entendu non exhaustive… :

Je paye des taxes sur les produits que j’achète, qui retournent à l’Etat, ainsi que la marge bénéficiaire du commerçant, et de tous les intermédiaires. Je paye des impôts pour la construction et l’entretien des routes, l’acheminement de l’eau ou de l’électricité… malgré le fait que je paye également les péages, mon eau et mon électricité.

Je paye la taxe d’habitation, la taxe foncière si j’ai la chance d’être propriétaire, la redevance…qui servent à financer les chantiers privés, la construction des écoles où l’on conditionne, ou que sais-je encore.

Je paye des taxes sur mes salaires pour la retraite que je ne pourrai pas prendre car je serai mort avant, pour des chômeurs qui ont de moins en moins de droits, pour un service public qui licencie à tour de bras, pour une police qui renvoie les étrangers chez eux ou accompagne le gouvernement qui se protège de son propre peuple.

Je paye une assurance qui se débrouille toujours pour n’assurer que ce qui ne vous arrive jamais, mais jamais ce qui vous arrive.

Je paye aussi pour réparer les erreurs des banques, celles qui nous obligent à travailler plus et plus longtemps.

Je paye un passeport biométrique qui servira à me tracer, des diagnostics “bâtiment” m’obligeant à faire des travaux, une carte bancaire m’autorisant à payer des agios…

Je paye pour tout et tout le temps, et aussi pour rester pauvre et ignorant. Je paye pour rester dans la partie, pour ne pas que je réfléchisse à autre chose que « comment faire pour payer ? »

Et je paye enfin pour enrichir les riches, pour le train de vie de l’Etat, pour la politique qu’il mène, la construction des centres de rétention, des armes, des voitures qui polluent, pour l’exploitation intensive des ressources, cultiver des OGMs, fabriquer des nanoparticules, arnaquer les pauvres, pour avoir l’air riche, ou important, instruit ou beau…

En réalité, on comprend pourquoi l’argent est si puissant lorsqu’on s’imagine sans lui. Car c’est un gouffre pour l’imagination ! Cela tétanise : que ferions-nous sans lui ? comment nous entendre, nous parler, échanger, créer, construire ? Voilà le point central de toute cette illusion, la clef de voûte de cette vaste supercherie qui veut nous faire accepter l’état de ce monde comme inéluctable. Car l’indépendance est le pire ennemi du pouvoir : sans l’esclave le maître n’est rien. Et l’argent rend dépendant. A partir du moment où le pouvoir et l’argent se sont liés, la dépendance est devenue totale.

C’est qu’il est très difficile aujourd’hui de s’imaginer un monde fonctionnant sans argent. Il est actuellement impossible à quelqu’un de prétendre vouloir vivre sans argent, à moins que de se vouloir misérable : celui qui compterait vivre correctement sans argent ne le peut pas. L’argent est comme une drogue qui nous aurait rendus accros, en ce sens que nous ne sommes plus capables d’envisager la vie autrement qu’avec lui. Le pouvoir, en quelque sorte, nous en a rendu dépendant, comme avec le crédit, et le renouvelable… le fournisseur est le pouvoir financier, le dealer le pouvoir, les drogués le peuple. Par cette dépendance le pouvoir a pris un ascendant psychologique (il possède l’éducation, la télé, la pub, la presse….) et nous entraîne vers l’acceptation de notre faiblesse vis à vis de leur force.

Mais sans argent, l’illusion prend fin. Plus besoin d’esclaves s’il n’y a plus besoin de maîtres… si nous ne payons plus, nous supprimons d’un seul coup tout le poids de notre propre aliénation, et nous nous retrouvons alors face à nous-même, à nos propres responsabilités. C’est d’ailleurs sans doute cela qui nous fait le plus peur : comme l’esclave libéré d’une trop longue emprise sur son corps et son esprit, l’homme libéré de l’argent est comme saisi d’un vertige. Il ne sait plus ni où aller, ni comment. Il lui faut réfléchir d’une autre manière, ne plus attendre des ordres, prendre des initiatives, en définitive reprendre en main sa destinée.

Mais qu’on le veuille ou non, c’est une question à laquelle l’homme est confronté, et à laquelle il va falloir qu’il réponde tôt ou tard : pour quoi, et pourquoi payer ? voulons-nous continuer à payer le prix de notre dépendance, ou nous libérer de celle-ci ? préférons-nous la servitude passive ou la liberté active ?

Si la deuxième proposition vous tente plus que la première, il serait grand temps de se mettre au travail. Ne pas avoir peur de la liberté, et laisser tomber les vieilles rengaines économiques, qui ne sont qu’une manière détournée d’accepter cet esclavage, sans en avoir l’air.

Et quand nous aurons tous bien compris pour quoi on paye, nous pourrons alors cesser de payer.

Caleb Irri
http://www.calebirri.unblog.fr

mercredi 21 avril 2010

Il remet ça

Lu sur le blog de Patrick Lagacé aujourd'hui.
Un vrai poème ce mec.
Complètement abruti.
L'avant dernière ligne est est régal.



Avions et principe de précaution

(Photo AP – Cauchemar de boss de compagnies aériennes)
Il y a une levée de boucliers dans l’industrie aérienne pour dénoncer les autorités européennes qui ont cloué les avions au sol, depuis que le volcan Eyjafjallablagoufloflöfolyakablagoufloy s’est fâché, dans le sud de l’Islande. Il semble que les compagnies aériennes perdent autant de fric que la fumée crachée par le cratère du volcan Eyjafloflöfolyakablagoufloyfjallablagou. On parle de prudence excessive. On pourfend le principe de précaution.

Ce qui est toujours facile à faire quand tout va bien. Facile de dire que les États ont été trop prudents quand des milliers d’avions n’ont pas volé dans le putain de nuage. Le Monde résume le dilemme à merveille :

Ce fut le cas il y a quelques mois lors de la pandémie de grippe A(H1N1), hier encore après la tempête Xynthia sur les côtes françaises, aujourd’hui à propos du nuage volcanique. A chaque fois, les pouvoirs publics se trouvent placés devant deux injonctions contradictoires. D’un côté, ils sont sommés par les citoyens eux-mêmes de leur assurer une protection maximale, absolue même, contre les risques (naturels, climatiques, sanitaires, etc.) qui peuvent les menacer. De l’autre, ils sont immédiatement accusés de verser dans l’excès de précaution et d’entraver la liberté de chacun, s’il apparaît que le risque n’était pas aussi grave que redouté.

T’es ministre des Transports ou officiel d’une agence de sécurité aérienne. Tu n’appliques pas le principe de précaution dans le cas du nuage du volcan, disons. Tu laisses les cieux ouverts. Tu laisses les compagnies aériennes décider. Et là, les moteurs d’un avion de ligne au-dessus de l’Atlantique se mettent à tousser, puis cessent de fonctionner. L’Airbus se plante quelque part entre l’Islande et le Groënland, 300 morts. Qui va être blâmé pour ne PAS avoir fermé les cieux ? Eh oui, les ministres des transports et les agences de sécurité aérienne…

Bref, dans des cas comme ceux-ci – grippe A, fumée du Eyjafjallablagoufloflöfolyakablagoufloy, etc, etc –, cette masse de décideurs qu’on appelle « les autorités » est baisée des deux bords. Tu laisses faire et il y a une catastrophe : on te blâme. Tu laisses pas faire et tu causes un joyeux bordel : on te blâme.

Ah, un F16 belge a toussé en passant dans le nuage, semble-t-il. Son pilote est probablement une moumoune.

Ah, The Big Picture, au Boston Globe, a encore des photos hallucinantes du volcan.

lundi 19 avril 2010

Nuage

Un volcan qui se réveille.
Des fumées.
Des avions qui ne volent plus.
Des gens bloqués dans des aéroports.
Mermet qui à 15 heures parle d'une foule de gens perdus, leur carte Gold qui marche plus.
Il compare ces gens à ceux de Sangatte.


France Inter journal du soir.
Toujours ce nuage.
Les avions qui décollent pas. blabli bla bla.

La voix de l'OMS.
Tiens l'OMS. Y avait longtemps.
l'OMS qui dit que ce nuage, il peut être un peu toxique.
Faut être prudent hein.
C'est son boulot à l'OMS, d'inciter à la prudence.

Oh ben oui on a bien vu, avec le H1N1.

Quand les terres agricoles du monde entier sont gorgées de pesticides, quand des paysans crèvent d'être obligés de racheter des semences à Mosanto, quand nos vaches paissent de l'herbe empoisonnée pour donner du lait que boivent nos enfants. Quand la viande qui atterrit chaque jour dans nos supermarchés est bourrée d'antibiotiques et d'un tas de saloperies dont on ne sait pas si à terme ça va pas tous nous tuer plus lentement mais plus sûrement qu'une guerre bien visible entend-on la voix de l'OMS parler de prudence ou de précaution?

J'ai pas de mots là.
Enfin si.
Mais bon.

Poisons

"Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir, non pas comme une probabilité mais comme l'histoire du futur. On leur dirait qu'on a découvert des feux, des brasiers, des fusions, que l'homme avait allumés et qu'il était incapable d'arrêter. Que c'était comme ça, qu'il y avait des sortes d'incendie qu'on ne pouvait plus arrêter du tout. Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne."

Entretien avec Marguerite Duras, Le Matin, 4 juin 1986

"On arrête les gangsters, on tire sur les auteurs de hold-up, on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prétendus tels - mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ?"

Roger Heim, 1963, préface à la traduction française de l'ouvrage de Rachel Carson Le Printemps silencieux.

jeudi 15 avril 2010

Expulsions climatiques

Irions nous tranquillement vers les premières expulsions climatiques en France ?

Xynthia.

Je ne sais pas comment ont été déterminées ces zones qui portaient encore ce matin le nom de zones noires.

Dans la journée, le discours gouvernemental s'est modifié.

Ce ne sont plus des zones noires, mais des zones de solidarité.

Et surtout pas de DESTRUCTION MASSIVE. Oh la formule !

C'est magnifique, beaucoup plus clair , en effet.

Chacun y va de son petit couplet.
Un coup Bussereau,un coup Boorlo, un coup Hortefeu.
On va calmer le jeu, gagner un peu de temps.

Si je me souviens bien l'Île de Ré est le rendez-vous estival de nombreux gros bonnets, de droite comme de gauche.

Peut-être bien que quelqu'un en haut lieu s'est souvenu de sa dernière party sur l'Île?
Si ça se trouve, certaines très belles et très grosses maisons sont au même niveau de risque que les pavillons anonymes qu'on se proposait de démolir dans des communes moins friquées.

Non, non,
Là, je suis décidément très mauvaise langue.